“Lorsqu’il y a des différences de pouvoir entre les personnes, celles-ci vont affecter tout ce que nous faisons en matière d’apprentissage de la CNV​ (Communication NonViolente).

Si vous avez moins de pouvoir, certaines choses vont devenir un luxe pour vous parce que vous allez être préoccupé.e.​s à survivre et à maintenir un certain niveau de dignité. Si j’ai un quelconque pouvoir et que je vous fais une demande, cela va être plus difficile pour vous de me dire non que si nous avons le même accès au pouvoir.” Miki Kashtan 

Lorsque j’ai entendu cette phrase de Miki Kashtan, formatrice certifiée du CNVC, dans l’un de ses ateliers en ligne intitulés : “Making NVC Relevant to a World of Crisis ; Integrating Systemic Awareness and Nonviolence into Our Teaching experience” (Rendre la CNV pertinente dans un monde de crise : intégrer la conscience systémique et la NonViolence dans notre enseignement), j’ai été vraiment interpellée parce que tout d’un coup certains phénomènes que je pouvais observer en moi-même et autour de moi-même prenaient enfin du sens. (Retrouver la formation de Miki ici)

J’ai décidé de l’illustrer lors d’un atelier de formation à la facilitation graphique animé par Mireille Van Bremen, www.thevisualcatalyst.com​.​

Pour écrire cet article, je me suis inspirée …

  • D’un travail de Laurent Becquart, militant intersectionnel(*) et candidat à la certification, sur le consentement​;​ de la vidéo « Tea Consent » sur le consentement : https://youtu.be/Wzkb5N_h0kY​;​ 
  • Du travail de la pédiatre Catherine Guegen dans son livre Pour une enfance heureuse​;​ 
  • De celui de Sarah Peyton​ ​dans son livre The Resonant Self, de l’atelier de Peggy Smith au 1er festival CNV mondial, et de “The Compass”, d’Arnina Kashtan, https://meitarim.co.il/english/, toutes trois formatrices certifiées du CNVC. 

(*) Intersectionnel : Notion utilisée en sociologie et réflexion politique qui désigne la prise en compte de l’intersection des oppressions systémiques ensemble, sans les hiérarchiser (sexisme, racisme, validisme, homophobie, transphobie, etc…) et d’où naît une violence qui excède la simple addition.

La réflexion ci-dessous ne reflète que ma compréhension ​du moment ​de ces phénomènes et mes explications du fonctionnement du cerveau sont schématiques et simplifiées … 

Alors, que se passe-t-il, selon moi ? 

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1 – Forte différence de pouvoir

Imaginons que je sois votre supérieur hiérarchique, votre examinateur, votre tutrice, votre parent, votre formateur, votre référente ou toute personne qui représenterait une forme d’autorité pour vous et que je vous adresse une demande. 

Par habitude, selon l’éducation que la plupart d’entre nous avons reçue, pour me faire plaisir, pour vous faire aimer ​de moi , pour être accepté​.e​​ par moi​, pour acheter mon amour, pour être apprécié.e, pour vous faire bien voir, pour appartenir au “club”, pour avoir la récompense d’une « bonne » note, vous allez peut-être machinalement me dire “oui” sans vérifier si tout en vous dit « oui », ​si ​​​​cela vous fait vraiment plaisir, si vous ​allez y trouver votre compte​, ​si vous avez le temps, les ressources, l’énergie, bref, que vous allez contribuez vraiment pour moi avec la joie d’un enfant qui donne à manger à un canard affamé (merci de ne pas donner de pain aux canards !) 

Vous n’aurez peut-être pas cette conscience que vous passez alors en « mode stress », que vous avez plus ou moins peur, que votre amygdale se met en alerte rouge, qu’elle commence à envoyer des signaux à votre hypothalamus, puis à votre hypophyse, à vos glandes surrénales pour pouvoir libérer du cortisol, de l’adrénaline et de la noradrénaline qui vont envahir votre organisme. Vous allez peut-être vous retrouver « dans l’impossibilité d’entreprendre »​, ​« de surmonter une quelconque difficulté » ou perdre totalement confiance en vous-même, ou encore vous mettre « à vivre les autres et le monde comme une menace ». Peut-être n’aurez-vous quasiment plus aucun accès à vos ressources, un peu comme si vous sortiez de votre corps ou deveniez un robot ou peut-être enfin ne serez-vous plus vraiment vous-même … C’est une technique de survie pour certains animaux et pour nous, les humains, aussi, mais à quel prix… C’est ce que l’on appelle l’état de “freeze” ou de sidération… 

Bref, dans cette configuration, il va vous être extrêmement difficile de me dire “non”.

2 – Moindre différence de pouvoir

Si je suis une personne importante pour vous mais avec laquelle vous sentez que vous pouvez être à peu près vous-même, à peu près libre de vous exprimer, sans avoir peur d’être moins apprécié​.e​ ou sans avoir le spectre d’une « punition » qui s’agite au-dessus de votre tête parce que j’ai moins de pouvoir sur vous que dans le premier cas de figure, votre réaction va être légèrement différente. Il y aura toujours un peu la crainte de représailles mais vous allez garder accès à une bonne partie de vos ressources. Les molécules qui vont circuler dans votre cerveau si la relation est plus chaleureuse et qu’elle génère plus de confiance seront plutôt de l’ocytocine qui produit de la sérotonine, de la dopamine et des endorphines. Plus vous êtes en confiance avec moi, plus votre corps va sécréter ces neurotransmetteurs, molécules ou autre peptide, plus vous allez vous sentir à l’aise de prendre le temps de regarder ce qu’il se passe e​n​ vous, de voir si vous avez un chouillat l’envie de me dire « non », de sentir tranquillement à quel​(​s​)​ besoin​(​s​)​ vous répondez si vous me dites « oui » et à quel​(​s​)​ autre​(​s​)​ besoin​(​s​)​ vous répondez si vous me dites « non ».

Vous aurez le temps d’hésiter ; vous vous sentirez à la fois en sécurité et libre d’évoquer la possibilité de me dire « non ».

3 – Equivalence

Comme j’ai conscience qu’il y a une différence de pouvoir entre nous, je vais alors choisir de baisser le seuil de tolérance avant de vous faire une demande et donner la priorité à vos besoins. Par exemple, au lieu de vous dire “Est-ce que vous voulez du thé ?”, je vais plutôt choisir de vous dire « L’idée de boire du thé vous mettrait-elle un tant soit peu mal à l’aise ? » ou « Verriez-vous un quelconque inconfort ou inconvénient à cet idée ? » D’après mon expérience, il semblerait qu’il soit plus facile de dire « oui » que ​de dire ​« non » à quelqu’un. Vous allez​ ​​alors ​pouvoir vous détendre, augmenter votre confiance en moi, retrouver vos pleines capacités, tous vos moyens et calmer votre amygdale. Ocytocine, sérotonine, dopamine et endorphines vont pouvoir baigner votre cerveau et votre corps. Votre tension va baisser et vos muscles se relâcher. Vous allez vous sentir vu.e, accueilli.e dans votre détresse et pris.e en compte. Vous n’allez plus ressentir de pression et pouvoir aller à votre rythme pour regarder cette partie de vous qui n’avait pas forcément envie de thé.

Vous allez pouvoir être pleinement vous-même et vous sentir libre
de me dire « oui » ou « non ».

4 – Equivalence

Vous savez désormais grâce à cette 3ème étape qu’il y a un espace d’accueil pour ce qui est important pour vous. Vous n’avez aucun doute ni inquiétude à ce sujet. Vous avez confiance en moi et en notre relation. Vous allez pouvoir dire : « Non, merci, je n’ai pas envie de thé pour l’instant » sans craindre de recevoir une quelconque remarque ni micro-agression de ma part par la suite. Nous avons ensemble la confiance que votre « non » ​ou​ votre « oui » sont vraiment conscients et authentiques et que lorsque ​vous ​all​ez​ les exprimer, ils vont contribuer à solidifier notre relation. Vous n’aurez plus honte de cacher cette partie de vous qui a peur de ne pas être aimé​.​e, accepté​.​e ou d’appartenir au groupe (peur ancestrale de mourir). 

Vous ne vous sentirez pas obligé.e de justifier votre choix mais vous pourrez, dans la conscience de l’interdépendance, vérifier avec moi comment je reçois votre « non » et commencer un dialogue à ce sujet…

Nous vivrons ainsi ensemble pleinement l’équivalence… 

Nathalie Murat

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Nathalie Murat

Nathalie Murat

Enseignante et candidate à la certification de formatrice en Communication NonViolente. A retrouver aussi ici : https://www.cnv-certification.com/candidats/ https://cnvfrance.fr/carte-groupes-de-pratique-cnv/