Lorsqu’on évoque le TDAH — nommé dans le DSM5 : trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité — on imagine souvent un manque. Une absence d’attention. Comme si les personnes concernées vivaient dans une bulle, incapables de se concentrer. Pourtant, cette vision est non seulement réductrice, mais scientifiquement inexacte.
Ce n’est pas un manque d’attention, c’est une attention désorganisée !
Ici nous parlerons donc de divergence d’attention (DA)
Contrairement aux idées reçues, les personnes qui vivent avec une divergence d’attention ne manquent pas d’attention. Elles en ont trop ! Trop d’attention, mais dirigée dans toutes les directions à la fois, sans hiérarchie claire. Leur cerveau capte tout, tout le temps, et a du mal à filtrer les informations pertinentes.
C’est un peu comme si leur système de gestion de l’attention fonctionnait sans chef d’orchestre : tout est potentiellement important, urgent, distrayant.
Des recherches en neurosciences le confirme : Cette divergence d’attention est liée à une divergence de fonctionnement, des circuits cérébraux impliqués dans le contrôle exécutif — notamment dans le cortex préfrontal — qui gère la planification, du tri des informations et de la gestion de l’attention (Castellanos et al., 2002 ; Faraone et al., 2015)
Une attention hypersensible à l’environnement
Chez un enfant ou un adulte avec DA, un simple bruit de fond peut suffire à détourner l’attention. Une odeur, une idée qui surgit, un mouvement dans le champ de vision… tout peut prendre le dessus. Le cerveau, en alerte permanente, capte chaque stimulus et les traite presque au même niveau.
Cela explique pourquoi certaines tâches banales — comme remplir un formulaire ou ranger sa chambre — deviennent de véritables parcours d’obstacles, tandis qu’une passion ou un projet captivant peut déclencher un état de concentration extrême, appelé hyperfocus.
Ce phénomène d’hyperconcentration, bien documenté (Kooij et al., 2010), montre que le problème n’est pas l’incapacité à se concentrer, mais l’incapacité à choisir où et quand porter son attention.
Un fonctionnement invisible, mais épuisant....
De l’extérieur, on perçoit souvent des oublis, de la distraction, de l’agitation. Mais ce qu’on ne voit pas, c’est la surcharge mentale. La tension constante. La difficulté à organiser ses pensées, à prioriser, à “faire taire le bruit” intérieur.
La DA est avant tout une difficulté de la régulation. Régulation de l’attention, mais aussi des émotions, de l’impulsivité, de la motivation. Et cela peut être épuisant au quotidien.
Selon le Dr Thomas Brown, spécialiste, cette divergence affecte des fonctions exécutives comme l’activation, la focalisation, l’effort soutenu, la gestion des émotions et la mémoire de travail (Brown Model of Executive Functions, 2006). Cela crée un décalage entre ce que la personne est capable de faire dans certaines situations… et ce qu’elle parvient à faire dans le cadre rigide de l’école ou du travail.
Ce qu’il faut : des outils, pas des reproches
Ce dont les personnes avec une DA ont besoin, ce ne sont pas des injonctions à « se concentrer », mais des outils concrets pour canaliser leur attention : routines visuelles, pauses régulières, gestion du temps par blocs, environnement calme, etc.
Mais surtout, elles ont besoin qu’on arrête de les percevoir comme « défaillantes ». Elles ne sont pas paresseuses, ni mal élevées, ni désorganisées par choix. Leur cerveau fonctionne différemment. Et ce fonctionnement, bien compris et bien accompagné, peut devenir une véritable force : créativité, pensée divergente, réactivité, intuition…
Changer de regard
La DA n’est pas une excuse, ni une étiquette. C’est une réalité neurodéveloppementale qui concerne environ 5 % des enfants et 2,5 % des adultes dans le monde (Polanczyk et al., 2007). C’est aussi un sujet qui mérite d’être mieux compris, pour sortir des stéréotypes et proposer un accompagnement digne de ce nom.
Changer notre façon d’en parler, c’est déjà un premier pas vers une société plus adaptée, plus douce… et surtout plus juste.
Références
- Castellanos, F. X., et al. (2002). Developmental trajectories of brain volume abnormalities in children and adolescents with attention-deficit/hyperactivity disorder. JAMA.
- Faraone, S. V., et al. (2015). The worldwide prevalence of ADHD: a systematic review and metaregression analysis. American Journal of Psychiatry.
- Kooij, J. J. S., et al. (2010). European consensus statement on diagnosis and treatment of adult ADHD: The European Network Adult ADHD. BMC Psychiatry.
- Brown, T. E. (2006). Attention Deficit Disorder: The Unfocused Mind in Children and Adults.
- Polanczyk, G., et al. (2007). The worldwide prevalence of ADHD: a systematic review and metaregression analysis. American Journal of Psychiatry.
Pour aller plus loin
- Introduction à l’autisme et la Neurodiversité : 3 vidéos gratuites
- Comprendre l’Autisme et sa vie intérieure
- 20 capsules vidéo pour vous former en toute autonomie
- Formation en visio pour vous former en live via Zoom
- Neurodiversité et NonViolence systémique : Stage de 2 jours en présentiel
Audrey Hesseling
Complice du Cercle, praticienne en NVS et source spécifique du sujet « Neurodiversité » dans le Cercle.
Pour en savoir plus sur Audrey cliquez ici.

